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Sud-Ouest du 09/11/2019 :  » Derby Tyrosse-Dax : des retrouvailles tant attendues « 

Kahn, treize ans d’attente

US TYROSSE L’emblématique deuxième ligne est arrivé à l’UST en 2006, juste après le dernier derby face aux Dacquois. Sur fond d’engouement populaire il a, comme ses coéquipiers, hâte de se jeter dans la bataille

Avec treize ans de décalage depuis la dernière opposition, beaucoup n’ont pas connu l’ambiance si particulière d’un Tyrosse – Dax. Débarqué de Plaisir (Yvelines) à l’été 2006, Kevin Kahn (32 ans), devenu depuis indiscutable pierre de base de l’édifice sudiste, est de ceux-là. S’il n’a pas vécu l’épopée de la Pro D2, le seconde ligne n’en a pas moins mesuré depuis longtemps la question d’honneur qui préside à ce défi de voisinage.

« En Reichel, il termine son premier derby contre Dax à la Fougère sur un KO

« Difficile de passer outre. D’entrée en Reichel, les collègues issus de l’école de rugby mettaient du cœur à entretenir la tradition de terroir. C’était déjà sacrément accroché, à tel point que j’ai terminé la première confrontation à la Fougère sur un KO ». Depuis, le rouquin de service en a vu d’autres et a appris à voyager sans tendre forcément l’autre joue.

« En région parisienne, la notion de derby existe entre joueurs mais ne suscite guère d’engouement chez les supporters », souligne Kévin Kahn, conscient que le phénomène entre ici dans une autre dimension.

« La pression monte »

Et s’il venait à douter, même plus d’une décennie plus tard, de l’impact de pareille affiche hors-série, les supporters croisés au quotidien se chargent de lui rappeler le caractère vital de l’échéance. « Ces dernières semaines, je me fais régulièrement alpaguer par les anciens. On cause mêlée, entre autres, et on sent bien que la pression monte dans leurs rangs aussi ».

Si besoin était, il pourrait tout autant faire confiance à son beau-père pour lui conter l’historique liant les deux clubs, entre bons mots et statistiques maison. « Ce match est doublement important, parce qu’il s’agit de Dax, forcément, et que c’est celui surtout qui peut nous remettre à flot. Ça peut être un moment clé de la saison, car on a déjà laissé trop de points en route ».

À ce titre, celui ramené de Niort (6-3) sonne un peu comme un premier avis de renaissance. « Je pense même qu’on méritait mieux et qu’on a été un peu lésés par quelques décisions arbitrales sur la fin, en mêlée notamment. Mais comme on avait été dominés dans ce secteur jusque-là, on peut comprendre que l’arbitre soit resté sur ses a priori ».

S’il reconnaît, comme ses copains, être passé à côté du match pour la réception d’Anglet et « n’avoir pas donné ce jour-là une bonne image de Tyrosse », ce soldat de devoir regrette aussi un bonus défensif perdu sur le gong à Nantes.

Comme il aura apprécié le tardif mais capital retour de flamme devant Marmande (17-13).

Dans un contexte encore plus serré qu’à l’habitude, il estime que « le groupe a la capacité de répondre présent ». Car ce dimanche, ce sera bel et bien un match à part. « On joue aussi au rugby pour des moments comme ça ». Un peu à l’image de ceux vécus sous le maillot du comité ou de l’équipe de France amateurs entre 2012 et 2016. « Une sacrée aventure qui nous a permis de voir plus loin. Des formes de jeu différentes, dans des infrastructures et un encadrement tout autre. On croisait de nouvelles équipes, c’était une véritable chance. Ça nous apportait forcément et on s’attachait à transmettre cet acquis. Moi c’est sûr, ça m’a fait grandir. Dommage pour les jeunes que ces sélections ne soient plus d’actualité, car elles ouvraient de nouveaux horizons ».

Les mêmes valeurs

Les amitiés engendrées au fil de l’épopée toute collective, heureusement, demeurent. « Dimanche dernier, j’ai recroisé le Niortais Stéphane Guenin, lui aussi sélectionné, sans savoir au départ qu’il jouait là-bas. On pourrait aussi évoquer le cas des joueurs de La Seyne avec qui on s’était battus comme des chiffonniers en championnat, avant de devenir super-potes sous le maillot bleu. C’est là qu’on s’est rendu compte qu’on se ressemblait et qu’on cultivait en fait les mêmes valeurs ».

Comme quoi, de là à affirmer que culs rouges dacquois et héritiers « pigniers » tyrossais, au-delà de leurs couleurs respectives, partagent eux aussi, une même vision de l’ovale déclinaison, il n’y a peut-être pas si loin !

Jean-Marc Darribat

Cambos : «  Au meilleur moment »

« Il nous faut améliorer notre rendement à domicile mais je ne suis pas sûr que le classement reflète vraiment le début de saison », glisse le manager Stéphane Cambos. L’homme de liaison entre terrain et dirigeants veut plutôt croire que le bon comportement en déplacement laisse présager d’un avenir moins chaotique.

« On n’a rien lâché nulle part mais on n’a pas forcément été payés en retour. » Ainsi l’escapade du dernier dimanche dans les Deux-Sèvres est plutôt de nature à renforcer ses convictions. Vu d’ici, le bonus défensif rapporté de Niort tiendrait pour un peu du trésor de guerre.

« Honnêtement, on méritait le match nul. Notre état d’esprit  n’en aurait été que mieux valorisé. Les garçons ont superbement donné au plan défensif. C’était le plus du jour ». Un test favorable donc pour effacer les doutes sur le sujet depuis le début de saison.

« Retrouver une véritable assise défensive, c’était une priorité dans notre projet de reconstruction. Tout part de là. Il nous fallait gommer des carences qui nous ont coûté cher. »

Tous ces arguments confirment la positive attitude prônée par le staff rouge et bleu. « Vu de l’intérieur, on sent que l’ensemble grandit petit à petit, on voit que la construction prend forme. On peut rêver d’un jeu plus équilibré et attrayant, mais la base défensive demeure le socle de travail initial ». De par son allant solidaire à Niort, l’UST a en quelque sorte basculé mentalement sur le derby.

« Dax, forcément, c’est un contexte à part. L’opposition arrive, je crois, au meilleur moment. Pour nous, ça peut constituer un tournant de la saison. On le prend positivement. On a tout à gagner ».

Pour autant, tout Semisens, comme l’encadrement technique, a conscience que le groupe devra encore élever son niveau pour venir à bout du logique favori. « Il nous faudra être plus précis, plus régulier et éviter les trous  d’air. Travailler aussi à bon escient sur le coaching, l’apport du banc est une plus-value. Reste bien sûr une part de stratégie, mais s’il fallait définir l’affrontement par un seul mot, ce serait, plaisir ».

Aussi fort que Béziers 2011

Stéphane Cambos ne fait pas mystère de l’excitation qui l’habite, lui aussi. « Pour moi comme pour les anciens du groupe, l’intensité émotionnelle d’un tel moment équivaut aux sentiments ressentis lors de la demi-finale face à Béziers (2011, NDLR). Quant aux plus jeunes, ils voient bien que ce rendez-vous touche tout le monde. En termes d’écoute et de concentration, ce sont les matchs les plus faciles à préparer ». Pas de doute, l’affiche de ce dimanche constituera le gros plus de la saison. Le genre même de bouffée d’oxygène populaire censée redonner à l’ovale discipline, un peu de l’attirance qu’elle perd manifestement au fil des saisons.

De là à dire, que c’était mieux avant…

Jean-Marc Darribat

 

 

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